Entre deux…

Cliquer sur les images

L’étang d’Arts : Cette année, j’ai choisi de marcher, de ne pas rester sur place, « en place », je suis devenu un studio photographique « vicariant », comme on disait dans l’ancien monde des maîtres de musique parcourant le royaume. Je marche, je regarde, je suis ici, là-bas bientôt, devant. Et d’ailleurs, toute les personnes qui marchent autour de l’étang font de même : elles ouvrent devant elle un espace, un chemin qu’elles vont, peut-être, emprunter, ici maintenant, là plus tard.

Mais ces temps, ces lieux, ici, maintenant, loin, après, là, pas là, ne se superposent jamais, l’un, le « là », disparaissant à mesure de notre déplacement. Pourtant, notre regard semble dessiner un espace à remplir, un peu plus loin.

Comment ce chemin s’inscrit-il en nous ? Que représente-t-il ?

J’ai rencontré des personnes, des amis, des copines, des copains, des gens qui me cherchaient parfois :

« tu n’es pas là où on pensait te trouver !

– Mais oui ! je suis itinérant, je bouge, j’avance, la vie quoi ! Et toi, où vas-tu ? qui suis-tu ? qui regardes-tu ? »

J’ai pris des photographies, deux toujours ; la personne, le sujet, et, me retournant, là où elle allait, peut-être, là où son regard se portait et j’ai superposé les deux images, parfois déchirées, parfois effacées. Parfois, le lieu l’emporte, ou le sujet. Qui envahit l’autre ? Où est ce jeune homme proche du pont, est-ce qu’il le prendra ?

Magie de la « double exposition » photographique. Le regard ouvre l’espace de désir : « Je vais aller là-bas, peut-être, à moins que …, mon père, ma mère, mon enfant, ce pont à franchir, cette lisière à survoler… ».

Le champ des possibles, le chant de la poésie qui toujours ouvre un espace potentiel, celui du poète, certainement, mais aussi celui qui lit. C’est peut-être cela qui est troublant dans la poésie et la photographie, l’immense liberté qu’elles ouvrent. Je lis, mais elle ne me dit pas ce que je dois lire, à moi, sujet, de mettre les mots, les émotions, si je veux, sur les mots, les images.

La double exposition : la photographie ? l’imagination ? un rêve ? une poétique ?

Entre deux… (Sébastien Souhaité)

les lignes se confondent

on dirait le présent écartelé

on cherche à recoudre l’espace afin que surgisse le lieu

vivre s’immisce entre deux horizons

des gens de passage contemplent la déhiscence de l’univers

dans les plis du temps le vent multiplie les murmures

l’obscurité recule

le feu se propage

les souvenirs bruissent dans la foison des feuillages

au loin se lèvent des visages nus qu’embrasent les sourires

est-ce la mémoire qui vacille à la lisière de l’automne ?

des myriades de rêves inouïs zèbrent les cieux impassibles

dans l’interstice se déploie du désir l’aube renversée

notre avenir gardera trace des vertiges abolis

le regard caresse l’étoffe des possibles

le paysage défile