Les orotones

L’orotone est  un procédé photographique très particulier et rare. Il a été popularisé par Edward S. Curtis au début du 20e siècle aux USA. Il s’agit d’un procédé au gélatino bromure d’argent (GBA) sur verre. La photographie est tirée à partir d’un contretype qui fait office de négatif contact. Une quantité de gélatine photosensible mélangée à du bromure d’argent et du chlorure d’argent est appliquée sur une plaque de verre. La difficulté est d’avoir à gérer l’adhésion très complexe de la gélatine sur le verre.

Après séchage complet de la gélatine dans un caisson étanche à la lumière, la plaque de verre est placée sous une source lumineuse. Le négatif est posé dessus, et après détermination du temps d’exposition, la source lumineuse est allumée. Le tirage est développée suivant le processus de la photographie argentique. La plaque de verre est placée dans un révélateur argentique et développée à fond. Après un bain d’arrêt, elle est déposée dans un fixateur, puis soigneusement lavée. Elle sera ensuite virée, c’est à dire que la photographie, où les blancs sont remplacés par des nuances de transparence, est d’abord blanchie. Seule la gélatine, qui a réagi à la lumière en devenant plus ou moins dure, reste sur le verre. Après un nouveau lavage, la plaque est plongée dans un dernier bain qui lui donne un ton sépia plus ou moins prononcé en fonction du désir du tireur. La plaque est à nouveau rincée.

Il faut bien avoir à l’esprit que tous ces bains que subit la plaque gélatinée doivent être soigneusement mesurés au risque de provoquer des décollements de la gélatine. Ils ne doivent pas dépasser 20°, et ne pas provoquer de chocs thermiques. Je mesure pour ma part mes bains entre 16 et 18°. 

Après ce virage sépia et un séchage complet, la plaque est recouverte d’un vernis or la plupart du temps à base de poudre de cuivre jaune ou de mica qui peut avoir différentes teintes. Les petits formats peuvent être dorés à l’or pur. 

La structure de l’orotone est par conséquent la suivante, de l’extérieur vers l’intérieur : une plaque de verre, qui n’a d’autre fragilité que celle du matériau, une couche de gélatine photographique qui comporte la photographie, et qui a été traitée en fonction de sa grande fragilité et de sa sensibilité à la température, une couche de vernis qui dore la photographie et protège en même temps la gélatine.

L’émulsion photographique prise entre le verre et la couche de vernis présente une exceptionnelle profondeur.

 

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