Portraits du Collegium Musicæ
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Un portrait, des portraits, un « Collegium ».
Quand Théodora m’a proposé il y a un peu moins d’un an de faire un « portrait du Collegium », je savais que j’allais devoir être inventif, surprendre, ne pas faire une série de portraits posés, et donner une unité à la chose, alors que les formations et les personnes qui allaient être devant moi étaient tellement différentes. Et puis, mettre en valeur les doctorantes et doctorants. Enthousiasmant, et pas simple. « Mais ton expérience musicologique, pédagogique, groupale… t’aideront ».
Alors nous avons travaillé, avec Nancy, confiante, dans une atmosphère formidable, un rêve de projet. Et puis, je connais ce monde de chercheuses et de chercheurs dans lequel j’ai vécu, en plus de mon métier d’enseignant, une passion pour la recherche et la musique, pour le partage.
Le Collegium musicæ est un institut de l’Alliance Sorbonne université, le premier, je crois, à avoir été créé, ce n’est pas rien, et c’est une amie très chère qui le dirige pour cinq années encore. Pas simple, articuler des recherches pluridisciplinaires, des musiciens, des informaticiens, des spécialistes des métaux, des soignants, des… plein de spécialités qui donnent le tournis, le Laboratoire d’acoustique musicale, l’IRCAM, le CNRS et l’IREMUS, des ethnologues, ethnomusicologues…
Le dispositif photographique était léger : un flash de studio, un appareil photographique, mais dans des lieux improbables, je devais à tout prix être souple, adaptable, dans les bibliothèques étroites ou immenses, dans les bureaux encombrés d’ethnologues du muséum d’histoire naturelle (une visite exceptionnelle qui m’a marqué). Des emplois du temps complexes à coordonner, des lieux à réserver, des barrières de sécurité à franchir pas toujours simples : on n’entre pas à la BNF en dehors des heures d’ouverture aussi facilement, même accompagné, et surtout, avec un gros sac photo et un chariot pour le flash, la boite à lumière, le pied.
J’ai choisi de les faire parler « en chercheur, en chercheuse dans le monde », de leur donner des mots inducteurs de parole sur le modèle des ateliers de philosophie pour enfants : recherche, sujet, doute, quête, peur, communauté, altérité… les personnes se mettaient à parler, et m’oubliaient, je restais silencieux ou presque. Les yeux se détournaient de moi, les mains se mettaient à parler, les silences devenaient éloquents, magnifiques. Beaucoup d’émotions, la leur, la mienne, des sourires, des pleurs même, de la colère parfois, mais toujours un échange sympathique. « Tu nous as surpris par cette demande, je m’étais préparée à parler de mes recherches, et tu m’as obligée à me décentrer » était ce que j’entendais souvent. Parfois, les regards quittaient l’objectif, et vagabondaient par-delà les murs qui nous recevaient, un lieu de recherche, des livres d’amis et d’amies. On m’a dit : « J’ai eu l’impression d’une double exposition » ; le corps, la pensée, deux « sujets », la musique, une forme sonate.
J’ai photographié. Vingt-deux portraits, vingt-deux heures de photographie ! Des heures d’Editing et de montage pour le vidéogramme, pour une présentation lors du séminaire général du Collegium. Du beau monde, du très beau monde, et la peur, un peu, même si je sais que les photographies sont belles. En tout cas, elles me plaisent. Beaucoup d’émotions encore : « J’ai souri comme un fou quand tu nous as passé le vidéogramme, ému », m’a dit Hugo, les doctorants, les doctorantes étaient heureuses de leur mise en valeur. On a longuement parlé, je leur ai donné des conseils d’écriture, je connais un peu : pas de phrases longues, enlever 90% des adverses que vous mettrez, vous en conservez 10% pour faire beau si vous voulez, et faites-vous relire, dès le début, par une personne qui n’y connaît rien et qui vous parlera uniquement de l’écriture… on a bien ri.
Que s’est-il passé dans cet espace intermédiaire entre ces personnes et moi ?
Que se passe-t-il entre elles et vous qui regarderez peut être immobiles ces photographies ? Chaque portrait est une part de nous tous, assurément. Des portraits simples, une même lumière, des rires, des regards sérieux, français, grecs, italien, allemand, chilien, ivoirien, des femmes, des hommes… une humanité, un Collegium.