Il y a longtemps que je ne suis pas parti sans but pour photographier la rue dans Paris. J’aime beaucoup cela même si aujourd’hui je n’aurai pas beaucoup de temps. Direction le canal Saint Martin, des gens s’y baignent, il y aura peut-être une scène insolite. Déjà, dans le train, une belle rencontre, un américain originaire de Portland en Orégon. Nous parlons, mon anglais est un peu rouillé. Évidemment, comme souvent les américains, il me demande ce que je pense de son pays ! En quelques phrases bien choisies, je le lui dézingue en long et en large ! Un suicide collectif, une tragédie mondiale ! Il acquiesce. Je savais qu’il n’était pas MAGA. Je l’ai guidé jusqu’au métro, ligne 4.
Ensuite, canal Saint Martin, c’est tout proche, j’aime passer par là pour aller vers République. Des gens sont alanguis sur la berge, tout est calme, un maître nageur surveille la section surveillée du canal. Plus loin, un autre groupe de personnes est sur l’herbe, la zone est interdite à la baignade, même calme, quelques baigneurs, trois jeunes, sur la berge opposée se jettent à l’eau alors qu’une fliquette arrive sur son scooter. Immédiatement nous entendons des cris, une gesticulation, tout le monde se marre, les jeunes semblent dire qu’ils ne recommenceront pas, ils ont dû bien rigoler aussi dans l’eau, quelques minutes après son départ. J’en profite pour engueuler faussement un jeune mouillé en maillot de bain, avec une grosse voix feinte ! Qu’il ne recommence pas ! Le type se marre, baisse les yeux, et me répond qu’il ne recommencera plus : « m’sieur ». Nouveaux rires, il faudrait que la maréchaussée apprenne la joie de vivre, ça favoriserait le contact !
Encore que l’uniforme ne m’a jamais fait fantasmer ! Entrant dans la philharmonie de Laon, j’avais alors 15 ans, j’ai dû aller me faire confectionner un uniforme avec casquette et fourragère (la ville avait été déclarée résistante après la guerre), pour pouvoir défiler le 11 novembre (il faisait très froid en cette période à ce moment-là), ou au 14 juillet. Je devais être beau comme un camion là dedans, enfin, je ne me souvient plus. J’ai toujours refusé de le porter, au grand désespoir de ma mère qui voulait me photographier avec et que j’envoyais balader avec conviction et application.
C’est là que j’ai croisé Jasper et Nina. Ou plutôt, Jasper d’abord. Tête sympathique, sourire immédiat, il est en costume, pas de ceux que portent les cognes, un beau costume détrempé ! Évidemment, rire immédiat : il a mis son costume de bain !
Jasper est australien, il vit en France depuis 2018. Il plonge à nouveau dans le canal, m’expliquant qu’un syndicat de nageur local surveillait en fait la présence ou non de l’autorité costumée pour que les nageurs et nageuses sortent quand ils arrivent ! C’est qu’ils ont le PV facile les bougres !
« Attends je te photographie ! » Idée immédiatement validée ! Sauts périlleux, une rafale sur mon 5DsR qui prend allègrement 5 photographies à la seconde là où les plus récents appareils photographiques, j’ose à peine utiliser ce terme pour les caractériser, dépassent les 50 à la seconde ! Un autre monde donc.
Nina, sympathique elle aussi, veut participer à la fête, et puis, il fait chaud, mais elle n’a pas de costume de bain. Jasper lui prête le sien, c’est fait pour servir !
Et nouvelle série, un plongeon cette fois çi ! et une photographie à deux que j’aime beaucoup : Nina debout, sérieuse, pieds nus en costume détrempé, elle n’a pas encore plongé, Jasper à ses pieds, une serviette de bain autour de la taille, ils sont jeunes et beaux ! et puis deux baigneurs torse nu derrière, sur un banc, le canal…
Nouvelle rafale, échange de prénoms et d’emails, j’adore donner mes photographies aux gens que je croise par hasard ! Elles sont livrées, c’est fait.
Mais, un doute persiste ! Est-ce que Jasper et Nina ont bien touché l’eau ? Rien ne le prouve, rien ne le dit, sinon mon témoignage et ma bonne foi ! La rafale de mon appareil, que j’avais laissé réglé sur une définition excessive pour ce type de photographies (50 millions de pixels, c’est trop !), s’est arrêtée à quatre photos, le temps de l’envol, d’une suspension, un temps qui passe, heureux aujourd’hui…











